Cours#
Réseaux
| Programme (BO) | « Protocoles de routage. Identifier, suivant le protocole de routage utilisé, la route empruntée par un paquet. » Commentaire du programme : « En mode débranché, les tables de routage étant données, on se réfère au nombre de sauts (protocole RIP) ou au coût des routes (protocole OSPF). Le lien avec les algorithmes de recherche de chemin sur un graphe est mis en évidence. » |
| Prérequis | la notion de réseau et d’adresse IP (Première), les graphes (chemins, plus court chemin), la notion de coût. L’algorithme de Dijkstra (projet du chapitre Graphes) éclaire OSPF, mais n’est pas exigé (voir la section dédiée, au-delà du programme). (→ fiches de révision : ch. 8) |
| Objectifs | distinguer machine, switch et routeur ; comprendre le voyage d’un paquet à travers les couches ; lire et utiliser une table de routage donnée ; identifier la route empruntée par un paquet selon le protocole (sauts pour RIP, coûts pour OSPF), et compléter la table d’un petit réseau ; comparer les choix de RIP et d’OSPF. |
Situation de départ
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Votre message traverse une dizaine de machines avant d’arriver à l’autre bout du monde. Comment chacune sait-elle à qui le transmettre, sans connaître le trajet complet ?
-
Si un câble est coupé pendant l’envoi, pourquoi la suite du message arrive-t-elle quand même ?
-
Entre une route qui traverse peu de machines et une route plus longue mais faite de liaisons rapides, laquelle choisir ?
Le problème : relier des milliards de machines#
Vous envoyez un message ; une fraction de seconde plus tard, il s’affiche à l’autre bout du monde, après avoir traversé une dizaine de machines qu’il n’a jamais « vues ». Comment ce petit paquet de données a-t-il trouvé son chemin parmi le milliard de routes possibles, sans que personne ne lui dise a priori par où passer ?
C’est toute la question de ce chapitre. Internet n’est pas une machine géante : c’est un réseau de réseaux, une immense mosaïque de petits réseaux locaux reliés entre eux par des routeurs. Nous allons suivre « le voyage d’un paquet » de bout en bout, et découvrir comment les routeurs, chacun ne connaissant que ses voisins, parviennent collectivement à l’acheminer.
Règle 1 — Le fil rouge : le voyage d’un paquet
Un message est découpé en petits paquets. Chaque paquet voyage indépendamment, de routeur en routeur, chacun décidant localement vers qui le transmettre ensuite, grâce à sa table de routage. Comprendre le réseau, c’est comprendre comment ces tables se remplissent — c’est le rôle des protocoles de routage (RIP, OSPF), qui sont, au fond, des algorithmes de plus court chemin dans un graphe.
Les acteurs : machines, switchs, routeurs#
Définition 1 — Réseau local, switch, routeur
Un réseau local (LAN) regroupe des machines proches partageant la même adresse réseau. Un switch (commutateur) relie les machines à l’intérieur d’un même réseau local. Un routeur relie plusieurs réseaux locaux entre eux : il possède plusieurs interfaces (cartes réseau), une par réseau auquel il est raccordé. Internet \(=\) l’interconnexion de tous ces réseaux par des routeurs.
Dans un réseau local, un paquet destiné à une machine du même réseau y va directement via le switch. Mais s’il vise une machine d’un autre réseau, le switch le remet au routeur, qui devra l’aiguiller de proche en proche jusqu’au bon réseau.
▶ Exercices d'application : exercice 1 (machines, switchs, routeurs)
Les adresses IP : reconnaître son réseau#
Chaque interface possède une adresse IP (en IPv4 : quatre octets, soit quatre nombres de \(0\) à \(255\), par exemple 172.16.5.3 — donc \(32\) bits en tout, d’où l’intérêt de l’écriture binaire vue en Première). Cette adresse se découpe en deux parties : une partie réseau (commune à toutes les machines du réseau local) et une partie hôte (qui identifie la machine dans ce réseau). Où se situe la frontière ? C’est le rôle du masque.
Définition 2 — Notation CIDR (le /n)
La notation CIDR (Classless Inter-Domain Routing) écrit le masque sous la forme /n : les n premiers bits de l’adresse forment la partie réseau (ils sont à \(1\) dans le masque), les \(32-n\) suivants forment la partie hôte (à \(0\)). Deux machines sont dans le même réseau local si et seulement si leurs n premiers bits coïncident. Dans ce réseau :
-
l’adresse dont tous les bits d’hôte valent \(0\) est l’adresse du réseau ;
-
l’adresse dont tous les bits d’hôte valent \(1\) est l’adresse de diffusion (broadcast) ;
-
ces deux-là étant réservées, le nombre de machines adressables est \(\mathbf{2^{\,32-n} - 2}\).
L’intérêt de CIDR, c’est que n peut prendre n’importe quelle valeur de \(0\) à \(32\) (pas seulement \(8\), \(16\) ou \(24\)) : on ajuste finement la taille d’un réseau à ses besoins.
Exemple
Avec 172.16.5.3/16, le /16 dit que les \(16\) premiers bits (172.16) forment l’adresse réseau : adresse du réseau 172.16.0.0, diffusion 172.16.255.255, et \(2^{32-16}-2 = 2^{16}-2 = 65\,534\) machines possibles. Toute machine 172.16.\(\bullet\).\(\bullet\) est dans ce réseau ; 172.18.1.1/16 (réseau 172.18) est dans un autre réseau — il faudra un routeur. Avec un /24 (ex. 192.168.1.0/24), il ne reste que \(8\) bits d’hôte, donc \(2^8-2 = 254\) machines ; avec un /30, \(2^2-2 = 2\) machines seulement (juste ce qu’il faut pour relier deux routeurs).
▶ Exercices d'application : exercices 2 à 4 et 18 (lire une adresse IP ; adressage IP ; dimensionner des sous-réseaux ; adresses de réseau en série)
Le voyage d’un paquet : le modèle en couches#
Comment une même donnée peut-elle à la fois s’adresser à une application précise, être acheminée d’un bout à l’autre d’Internet, et circuler sur un câble local ? En empilant plusieurs couches, chacune ne s’occupant que d’une chose. C’est le modèle TCP/IP.
À l’émission, la donnée descend les couches : chacune ajoute son en-tête (son étiquette) — c’est l’encapsulation, comme des enveloppes emboîtées. À l’arrivée, la donnée remonte : chaque couche retire son en-tête et transmet le reste au-dessus.
↺ Retour sur l'activité. L’étiquette collée sur chaque paquet de l’activité (expéditeur, destinataire, numéro, compteur) était un en-tête. Celui de la couche Réseau (IP) porte bien les adresses, et le compteur qui faisait jeter le paquet tournant en rond entre A et B y existe vraiment.
Encapsulation : en descendant les couches, chaque en-tête s’ajoute à gauche du bloc précédent. À l’arrivée, on les retire un à un.
Ce chapitre se concentre sur la couche Réseau (IP) : c’est là que se joue le routage.
▶ Exercices d'application : exercice 5 (des enveloppes emboîtées : les couches)
La commutation de paquets#
Plutôt que de réserver une ligne entière pour toute la durée d’un échange (commutation de circuits, comme l’ancien téléphone), Internet découpe les messages en paquets indépendants qui empruntent le réseau chacun de leur côté (commutation de paquets).
Propriété 1 — Pourquoi des paquets ?
La commutation de paquets partage efficacement les liens entre tous les échanges, et surtout elle est robuste : si un routeur ou un câble tombe, les paquets suivants contournent la panne par un autre chemin. C’est cette robustesse qui a fondé Internet.
↺ Retour sur l'activité. Le message de Léa, découpé en \(5\) paquets numérotés, voyageait ainsi : chaque paquet porte l’adresse de Hugo parce qu’il voyage seul, son numéro permet de recoller les morceaux arrivés dans le désordre, et après la coupure du câble B–D les paquets suivants passaient par C, toujours en \(3\) sauts.
Le routage : la table de routage#
Un routeur qui reçoit un paquet consulte sa table de routage : pour chaque réseau de destination, elle indique par où sortir (quelle interface, ou quel routeur voisin) et une métrique (le « coût » de la route ; plus elle est petite, mieux c’est). Un réseau directement raccordé a une métrique nulle.
Exemple
Table de routage (simplifiée) d’un routeur A relié aux réseaux R1 et R3, et au routeur G :
| Réseau à atteindre | Sortir par | Métrique |
|---|---|---|
| R1 | interface eth0 | 0 |
| R3 | interface eth2 | 0 |
| R2 | routeur G | 1 |
Lecture de la dernière ligne : « pour atteindre R2, envoie le paquet au routeur G, qui saura continuer ».
Comment remplir ces tables ? Deux façons : le routage statique (chaque ligne écrite à la main — possible seulement pour de tout petits réseaux) et le routage dynamique, où des protocoles découvrent les routes automatiquement. C’est ce dernier qui nous intéresse.
↺ Retour sur l'activité. Chaque élève-routeur tenait une table de routage : B ne connaissait pas le chemin jusqu’à Hugo, seulement le voisin à qui transmettre (D). Après la panne, corriger les tables à la main était faisable pour six routeurs, impossible pour des millions : c’est le travail des protocoles de routage dynamique.
Règle 2 — Un réseau de routeurs \(=\) un graphe
Modélisons : chaque routeur est un sommet, chaque liaison entre routeurs est une arête. Trouver la meilleure route, c’est chercher un plus court chemin dans ce graphe. Les protocoles de routage sont donc des algorithmes de graphes — ceux du chapitre Graphes !
Prenons ce réseau pour toute la suite (les nombres sur les liens seront expliqués plus loin) :
▶ Exercices d'application : exercice 6 (lire une table de routage)
RIP : compter les sauts#
Le protocole RIP (Routing Information Protocol) mesure une route par son nombre de sauts : le nombre de routeurs à traverser. Chaque routeur envoie périodiquement (toutes les 30 s) à ses voisins la liste des réseaux qu’il connaît et à quelle distance ; de proche en proche, chacun complète sa table en gardant, pour chaque destination, la route au plus petit nombre de sauts.
Définition 3 — Métrique de RIP
Métrique RIP \(=\) nombre de sauts (routeurs traversés). C’est un vecteur de distance : chaque routeur ne connaît que « à quelle distance » est chaque réseau, sans voir toute la carte. RIP s’appuie sur l’algorithme de Bellman-Ford, un algorithme de programmation dynamique (on verra cette méthode au chapitre 11).
Exemple
Table de routage de A par RIP (destinations \(=\) réseaux locaux de B, C, D, E) :
| Réseau | Sortir vers | Sauts |
|---|---|---|
| réseau de B | B | 1 |
| réseau de C | C | 1 |
| réseau de D | B | 2 |
| réseau de E | C | 2 |
Pour atteindre C, RIP choisit le lien direct A–C (\(1\) saut). Pour D, le plus court est A–B–D (\(2\) sauts) ; pour E, A–C–E (\(2\) sauts).
Exemple — un réseau plus grand
Voici un réseau à six routeurs (les nombres sont des débits, ignorés par RIP) :
Table de routage RIP de A (on compte les sauts en remontant de proche en proche) :
| Réseau | Sortir vers | Sauts |
|---|---|---|
| réseau de B | B | 1 |
| réseau de C | C | 1 |
| réseau de D | B | 2 (A–B–D) |
| réseau de E | C | 2 (A–C–E) |
| réseau de F | B | 3 (A–B–D–F) |
À retenir — les limites de RIP
RIP est simple, mais il a deux gros défauts : ses messages périodiques encombrent le réseau, et il est plafonné à 15 sauts (au-delà, la destination est réputée inaccessible). Surtout, il ne regarde que le nombre de routeurs, jamais leur vitesse : un saut par une liaison poussive compte autant qu’un saut par la fibre. D’où OSPF.
▶ Exercices d'application : exercices 7 et 19 (construire une table RIP ; tables RIP en série)
OSPF : le coût des liens#
OSPF (Open Shortest Path First) ne compte pas les sauts : il additionne le coût des liaisons traversées. Le coût d’une liaison dépend de son débit (le nombre de bits par seconde qu’elle peut transporter) : plus c’est rapide, moins c’est cher.
Définition 4 — Métrique d’OSPF
Le coût d’une liaison se calcule à partir de son débit : $\(\text{coût} = \frac{10^8}{\text{débit (en bits/s)}}.\)$ La métrique d’une route est la somme des coûts des liaisons traversées. Chaque routeur connaît la carte complète du réseau (état de liens) et en déduit les routes de coût minimal (en coulisses, par l’algorithme de Dijkstra : voir la dernière section sur le routage, au-delà du programme). Sur les petits réseaux du bac, on trouve ces routes en comparant les coûts totaux de quelques chemins.
Au bac — lire la formule de coût donnée par l’énoncé
Le \(10^8\) n’est qu’une convention (une « bande passante de référence », ici \(100\) Mbit/s) : selon les énoncés, on rencontre aussi \(10^9\) ou \(10^{10}\), ce qui ne change pas quelle route est la meilleure, seulement l’échelle des coûts. Dans la vraie norme OSPF, le coût est de plus arrondi à un entier (avec un minimum de \(1\)). Il faut donc toujours lire la formule donnée dans l’énoncé avant de calculer.
Exemple
Sur nos liens (en Mbps, soit \(\times 10^6\) bits/s), le coût vaut \(10^8 / \text{débit}\) :
| Débit | \(100\) Mbps | \(10\) Mbps | \(1\) Mbps |
|---|---|---|---|
| Coût \(=10^8/\text{débit}\) | \(1\) | \(10\) | \(100\) |
Les liens à \(100\) Mbps coûtent donc \(1\), le lien A–C (à seulement \(1\) Mbps) coûte \(100\), et C–D (à \(10\) Mbps) coûte \(10\). Table de routage de A par OSPF :
| Réseau | Sortir vers | Coût |
|---|---|---|
| réseau de B | B | 1 |
| réseau de C | B | 2 (A–B–C) |
| réseau de D | B | 2 (A–B–D) |
| réseau de E | B | 3 (A–B–C–E) |
Exemple — le réseau à six routeurs, en OSPF
Reprenons le réseau à six routeurs ci-dessus. Les liens à \(100\) Mbps coûtent \(1\) ; le lien A–C (\(1\) Mbps) coûte \(100\) ; le lien E–F (\(10\) Mbps) coûte \(10\). Table OSPF de A :
| Réseau | Sortir vers | Coût |
|---|---|---|
| réseau de B | B | 1 (A–B) |
| réseau de C | B | 2 (A–B–C) |
| réseau de D | B | 2 (A–B–D) |
| réseau de E | B | 3 (A–B–C–E) |
| réseau de F | B | 3 (A–B–D–F) |
On retrouve le désaccord avec RIP : pour C et E, RIP passait par le lien direct A–C (lent), OSPF fait le détour rapide par B. Pour F (\(3\) sauts et coût \(3\)), les deux protocoles s’accordent, via A–B–D–F.
Exemple — un réseau à sept routeurs, entièrement en OSPF
Voici un réseau plus étendu ; les nombres sont les débits (Mbps). On applique OSPF (coût \(=10^8/\)débit) depuis A.
Coûts : les liens à \(100\) Mbps valent \(1\), les liens A–C et D–F (\(10\) Mbps) valent \(10\). Table OSPF de A :
| Réseau | Sortir vers | Coût |
|---|---|---|
| réseau de B | B | 1 (A–B) |
| réseau de C | B | 2 (A–B–C) |
| réseau de D | B | 2 (A–B–D) |
| réseau de E | B | 3 (A–B–C–E) |
| réseau de F | B | 4 (A–B–C–E–F) |
| réseau de G | B | 4 (A–B–C–E–G) |
On voit bien OSPF additionner les coûts le long de chaque route et retenir la moins chère : jamais il n’emprunte les liens à \(10\) (A–C, D–F), toujours il reste sur la fibre à \(100\), quitte à traverser plus de routeurs.
▶ Exercices d'application : exercices 8 et 9 (du débit au coût ; table OSPF ; duel avec RIP)
RIP contre OSPF : le duel du lien lent#
Comparons les deux tables de A. Elles diffèrent là où le lien direct A–C entre en jeu :
| Pour atteindre | RIP choisit | OSPF choisit |
|---|---|---|
| le réseau de C | A–C (1 saut) | A–B–C (coût 2) |
| le réseau de E | A–C–E (2 sauts) | A–B–C–E (coût 3) |
RIP fonce sur le lien direct A–C … sans voir que c’est une liaison poussive à \(1\) Mbps ! OSPF, lui, préfère faire un détour par B sur des liaisons rapides : la route est plus longue en nombre de routeurs, mais bien plus rapide en réalité.
Propriété 2 — La leçon
Compter les sauts (RIP) n’est pas compter le temps (OSPF). En pénalisant les liaisons lentes par un coût élevé, OSPF trouve les routes réellement les plus rapides. C’est pourquoi les grands réseaux lui donnent la préférence.
Dans les coulisses d’OSPF : l’algorithme de Dijkstra au-delà du programme#
Le programme officiel est clair : au bac, les tables de routage sont données, ou se lisent « à l’œil » sur un petit réseau, en comparant le nombre de sauts (RIP) ou le coût total (OSPF) de quelques routes. C’est exactement ce que nous avons fait plus haut. Mais un vrai routeur OSPF, devant un réseau de plusieurs centaines de routeurs, ne peut pas « regarder » : il calcule. Et ce calcul, c’est l’algorithme de Dijkstra, que vous avez programmé dans le projet proposé en fin de chapitre Graphes. Ce paragraphe, au-delà du programme, le rappelle pour comprendre ce que fait vraiment OSPF.
Le principe de Dijkstra (rappel du projet Graphes)
On part du routeur de départ et on fait grandir, petit à petit, un « nuage » de sommets dont on connaît avec certitude la distance minimale (ici : le coût minimal) au départ.
-
On garde pour chaque sommet une distance provisoire (au début : \(0\) pour le départ, \(+\infty\) pour les autres).
-
À chaque tour, on fixe définitivement le sommet non encore traité qui a la plus petite distance provisoire : il entre dans le nuage.
-
Depuis ce sommet
utout juste fixé, on met à jour ses voisins : si passer paruraccourcit le chemin vers un voisinv, on améliore la distance devet on noteucomme prédécesseur dev. C’est le relâchement :si distance[u] + coût(u,v) < distance[v] :
distance[v] = distance[u] + coût(u,v)
On recommence jusqu’à avoir fixé tous les sommets.
Exemple — Dijkstra sur le réseau du cours, depuis A
Coûts OSPF : A–B, B–C, B–D, C–E, D–E valent \(1\) ; C–D vaut \(10\) ; A–C vaut \(100\). À chaque ligne, on fixe le sommet marqué \(\ast\) (en cas d’égalité, on prend l’ordre alphabétique) ; entre parenthèses, le prédécesseur.
| Fixé | A |
B |
C |
D |
E |
|---|---|---|---|---|---|
| — | \(0\) | \(\infty\) | \(\infty\) | \(\infty\) | \(\infty\) |
A |
\(0^\ast\) | \(1\) (A) | \(100\) (A) | \(\infty\) | \(\infty\) |
B |
\(1^\ast\) | \(2\) (B) | \(2\) (B) | \(\infty\) | |
C |
\(2^\ast\) | \(2\) (B) | \(3\) (C) | ||
D |
\(2^\ast\) | \(3\) (C) | |||
E |
\(3^\ast\) |
Au deuxième tour, la distance provisoire de C tombe de \(100\) (lien direct, lent) à \(2\) (par B) : c’est le relâchement qui « découvre » le détour rapide. Pour remplir la colonne « sortir vers » de la table, on remonte les prédécesseurs jusqu’au départ : E \(\leftarrow\) C \(\leftarrow\) B \(\leftarrow\) A, donc on sort vers B. On retrouve exactement la table OSPF de A donnée plus haut.
Pour les curieux (facultatif)
Si tous les liens avaient le même coût \(1\), Dijkstra fixerait les sommets dans l’ordre d’un parcours en largeur, et la table obtenue serait celle de RIP (nombre de sauts), au choix près entre routes de même longueur. RIP, lui, ne fonctionne pas ainsi : chaque routeur n’a pas la carte complète, il ne connaît que ce que ses voisins lui annoncent (algorithme de Bellman-Ford, réparti entre les routeurs).
▶ Exercices d'application : exercice 10 (au-delà du programme : dérouler Dijkstra pour obtenir une table OSPF)
TCP et UDP : deux façons de transporter au-delà du programme#
Juste au-dessus d’IP, la couche Transport offre deux services au choix. TCP garantit que tout arrive, dans l’ordre, sans perte (il numérote les paquets, les réordonne, redemande ceux qui manquent) : idéal pour un fichier ou une page web. UDP envoie sans garantie ni accusé de réception, mais sans attendre : idéal quand la vitesse prime sur la perfection (appel vidéo, jeu en ligne, où un paquet en retard est inutile de toute façon).
Ouverture#
Ce chapitre est l’application la plus directe du chapitre Graphes : un réseau de routeurs est un graphe, et le routage est une recherche de plus court chemin.
- Au bac, on vous demandera surtout de manipuler des adresses IP (notation CIDR, appartenance à un réseau), de lire ou compléter une table de routage, de calculer des coûts OSPF et de déterminer la route suivie par un paquet selon RIP ou selon OSPF.
Un peu d’histoire : d’ARPANET à Internet#
Dans la première moitié des années 1960, l’idée de commutation de paquets germe indépendamment chez Paul Baran (États-Unis) et Donald Davies (Royaume-Uni) : découper l’information en morceaux pour bâtir un réseau qui survive à la panne d’un nœud. En 1969 naît ARPANET, ancêtre d’Internet, reliant quatre universités américaines. Le croquis ci-contre, dessiné en décembre 1969, montre ce réseau tout entier : quatre nœuds seulement, à UCLA, au Stanford Research Institute (SRI), à Santa Barbara (UCSB) et à l’université de l’Utah. Le tout premier message, envoyé de UCLA vers SRI le 29 octobre 1969, devait être « LOGIN »… le système a planté après « LO ».

Le réseau ARPANET en décembre 1969
En France, Louis Pouzin conçoit à partir de 1971 le réseau Cyclades, qui invente le datagramme : le réseau se contente d’acheminer chaque paquet indépendamment, au mieux, et ce sont les machines situées aux extrémités qui vérifient que tout est bien arrivé. En 1974, Vint Cerf et Bob Kahn conçoivent, en reprenant cette idée, TCP/IP, le langage commun qui permet à des réseaux différents de se comprendre — l’acte de naissance d’Internet, officiellement adopté le 1er janvier 1983. Aujourd’hui, ces mêmes principes acheminent chaque jour des milliards de paquets : à chaque page ouverte, un petit algorithme de plus court chemin travaille pour vous.

Louis Pouzin, père de Cyclades
Pour les curieux (facultatif) — Liens avec d’autres chapitres
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Ce qu’il réutilise : les Graphes : RIP compte les sauts, OSPF additionne les coûts des liens (Dijkstra) pour trouver un plus court chemin.
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De la Première : les adresses IP, le binaire et le bit alterné, vu dans Le Web : réseaux et interactions homme-machine (Première), que prolongent les accusés de réception de TCP.
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Pour aller plus loin : un paquet peut être lu en chemin : vous verrez en Cryptographie comment HTTPS le protège.
Bilan — la carte mémoire#
| Notion | À retenir |
|---|---|
| Internet | un réseau de réseaux reliés par des routeurs |
| Switch / routeur | switch \(=\) dans un LAN ; routeur \(=\) entre plusieurs LAN |
| Adresse IP / masque | /n \(=\) nb de bits de l’adresse réseau ; même réseau ? |
| Couches (TCP/IP) | Application / Transport / Réseau (IP) / Lien ; encapsulation |
| Commutation de paquets | message découpé ; robuste (contourne les pannes) |
| Table de routage | par où sortir \(+\) métrique ; statique ou dynamique |
| RIP | métrique \(=\) nombre de sauts ; vecteur de distance ; \(\leq 15\) sauts |
| OSPF | métrique \(=\) somme des coûts, coût \(=10^8/\)débit |
| Dijkstra au-delà du programme | le calcul qui se cache derrière OSPF (nuage \(+\) relâchement) |
| RIP vs OSPF | RIP ignore la vitesse ; OSPF évite les liens lents |
Retour à la situation de départ
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Chaque routeur consulte sa table de routage, qui indique, pour chaque réseau de destination, par où sortir : il décide localement du saut suivant. Les tables se remplissent automatiquement grâce aux protocoles de routage (§ VI à VIII).
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Grâce à la commutation de paquets : le message est découpé en paquets indépendants, et une fois les tables mises à jour, les paquets suivants contournent la panne par un autre chemin (§ V).
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Cela dépend du protocole : RIP compte les sauts et prend la route qui traverse le moins de routeurs ; OSPF additionne les coûts des liaisons (\(10^8/\)débit) et préfère les liaisons rapides, même au prix d’un détour (§ VII à IX).
Erreurs fréquentes#
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Confondre switch et routeur. Le switch relie des machines d’un même réseau ; le routeur relie plusieurs réseaux.
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Se tromper de métrique. RIP compte les sauts (des entiers, \(1\) par routeur) ; OSPF additionne des coûts (\(10^8/\)débit).
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Croire que le chemin le plus court en sauts est le plus rapide. Faux : un seul saut par une liaison lente peut être pire que trois sauts par la fibre.
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Oublier la métrique \(0\) des réseaux directement raccordés.
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Inverser le sens du coût. Plus le débit est grand, plus le coût est petit (\(10^8/\)débit).
Savoir-faire à maîtriser#
À la fin du chapitre, je sais…
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distinguer machine, switch et routeur, et reconnaître un réseau local à son adresse \(\to\) ex. 1, 2, 3 ;
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expliquer l’encapsulation en couches et le rôle de la couche IP \(\to\) ex. 5 ;
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lire et utiliser une table de routage donnée, et la compléter sur un petit réseau (réseau, sortie, métrique) \(\to\) ex. 6, 7 ;
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identifier la route RIP (nombre de sauts) sur un réseau donné \(\to\) ex. 7, 12 ;
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calculer les coûts (\(10^8/\)débit), identifier la route OSPF (coût total minimal), puis comparer à RIP \(\to\) ex. 8, 9, 12 ;
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au-delà du programme dérouler Dijkstra pour retrouver une table OSPF \(\to\) ex. 10.
Vers le Grand Oral#
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Comment un message trouve-t-il son chemin sur Internet ? (paquets, tables de routage, routage de proche en proche.)
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Compter les sauts ou compter le temps : comment choisir une route ? (RIP vs OSPF ; le lien lent ; Dijkstra sur le graphe des routeurs.)
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Pourquoi découper un message en paquets rend-il Internet indestructible ? (commutation de paquets ; contournement des pannes ; l’héritage d’ARPANET.)
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En quoi le routage est-il un problème de graphes ? (routeurs \(=\) sommets, liaisons \(=\) arêtes, plus court chemin ; lien avec Dijkstra.)